Dr. Saad

Le Dr Fred Saad est un professeur et chef du service d’urologie du Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Il est également titulaire de la chaire de recherche en cancer de la prostate de l’Université de Montréal.


 

 

Un homme canadien sur huit recevra un diagnostic de cancer de la prostate au cours de sa vie. Qu’est‑ce qui s’est démarqué pour vous en termes de données rapportées dans le Rapport cible sur le rendement du système?

Ce rapport montre l’importance du cancer de la prostate comme problème de société. Il souligne également les défis auxquels nous devons faire face en ce qui a trait à la prise de décisions à toutes les étapes de la maladie, ainsi que la nécessité de la recherche, une fois de plus, à tous les stades de la maladie.

Il existe un certain nombre d’approches de gestion pour les cancers de la prostate à faible risque. Comment aidez-vous un patient à s’y retrouver parmi ces options de traitement?

Les médecins qui posent ces diagnostics sont responsables de mettre les choses en perspective. Autrement, les patients deviennent très déconcertés. Certains ont des réactions catastrophiques lorsqu’ils entendent le mot « cancer ». Toutefois, nous devons leur expliquer ce que nous avons vu à la biopsie et leur décrire le taux d’APS. S’ils répondent aux critères d’une maladie à faible risque, nous pouvons les rassurer qu’ils n’ont pas à subir de traitement de front, qu’ils peuvent être surveillés. Les patients doivent savoir que la façon dont les cancers évoluent peut grandement varier d’un patient à un autre.

Les patients veulent vraiment en apprendre davantage au sujet de leur maladie et il existe de nombreux outils que je les encourage à utiliser et à consulter. Cette implication les aide à faire partie du processus de prise de décision.

Le recours à une surveillance active semble varier au Canada, malgré le fait qu’il s’agisse d’une option de traitement valable pour le cancer de la prostate à faible risque. Que doivent savoir les cliniciens pour discuter de la surveillance active avec leurs patients?

La question de la surveillance active n’est pas simple. Il s’agit désormais d’une option reconnue. Les médecins doivent savoir que ce ne sont pas tous les patients ayant reçu un diagnostic de cancer de la prostate qui souffriront ou mourront de la maladie. C’est pourquoi ils doivent engager une discussion franche des points positifs et négatifs du traitement du cancer de la prostate à faible risque, et les patients doivent faire partie de cette discussion.

Le défi réside dans le fait que nous ne sommes pas toujours totalement certains qu’un cancer à faible risque est vraiment à faible risque. C’est là où la recherche est nécessaire, de manière à ce que nous puissions dire en toute confiance à un patient qu’il peut être surveillé de manière sécuritaire. Voilà ce que nous faisons dans le cadre d’une grande initiative au Canada financée par la Fondation Terry Fox. Je dirige un réseau canadien sur les biomarqueurs pour identifier les biomarqueurs qui peuvent nous aider à prendre des décisions pour savoir qui peut être surveillé en toute sécurité. Certaines personnes atteintes d’une maladie à faible risque peuvent sembler être de bons candidats à la surveillance active, mais ils peuvent en réalité cacher des cancers à haut risque. Chez ces personnes, le défi consiste à ne pas rater l’occasion de guérir quelqu’un qui souffre d’une maladie qui pourrait mener à la mort.

Cela dit, la grande majorité des patients sont très étroitement suivis grâce à la surveillance active et le risque pour ces personnes est faible pour autant que les professionnels de la santé utilisent correctement les critères de la surveillance active et qu’ils assurent un bon suivi. La surveillance active implique que le patient sera traité si le cancer présente des signes de progression vers une forme plus agressive. Heureusement, plus de la moitié des patients qui commencent la surveillance active ne nécessiteront jamais de traitement et, en moyenne, nous repoussons le traitement de nombreuses années pour les patients qui en ont besoin.

Comment impliquez-vous vos patients dans le processus de prise de décision par rapport au traitement?

Il suffit de prendre le temps de s’assurer que le patient comprend et de discuter franchement avec lui. Vous lui expliquez sa maladie et vous expliquez ce qu’est le score de Gleason. Vous expliquez que l’APS n’est pas toxique pour leur système. Il s’agit de réfléchir au fardeau que représente la maladie.

J’implique les patients en leur fournissant de l’information, en faisant en sorte qu’ils connaissent mieux leur maladie afin de rendre la situation moins stressante. Ils se sentent davantage comme des partenaires dans le traitement de leur maladie. Le processus commence même avant le diagnostic, dès qu’ils présentent un taux élevé d’APS. À ce stade, ils doivent comprendre ce que cela signifie et pourquoi nous devons entreprendre un examen par ultrason et une biopsie. Ainsi, ils ont déjà un aperçu des différents scénarios qui peuvent se présenter en fonction des résultats des tests.

Comment aidez-vous un patient qui a été identifié pour la surveillance active à composer tous les jours avec le cancer de la prostate?

Il s’agit d’un effort d’équipe. Nous devons expliquer au patient que le cancer de la prostate à faible risque évolue lentement et qu’avec un suivi, nous serons en mesure d’intervenir si la maladie se fait plus agressive. J’insiste souvent pour que les membres de la famille soient présents lors de la discussion parce que ce n’est pas une situation que les patients devraient vivre seuls. Je crois aussi que l’information responsabilise les patients. Ça les aide beaucoup.

Notre rapport indique qu’il existe une grande variation au Canada en termes d’orientation vers un soutien émotionnel. Quels sont selon vous les défis auxquels doivent faire face les cliniciens pour ce qui est d’aider les patients à trouver du soutien?

Ce n’est pas aussi répandu que nous le voudrions et je crois que nous avons beaucoup à apprendre du modèle du cancer du sein. Celui-ci a des dizaines d’années d’avance sur le modèle pour le cancer de la prostate. Pour le moment, il existe des groupes de soutien partout au Canada. Des organismes comme Movember et Cancer de la prostate Canada couvrent tout le Canada, et d’autres, comme PROCURE couvrent le Québec. Nous avons de plus en plus de ressources pour aider les patients à trouver de l’information, mais nous devons vraiment rendre accessibles des ressources humaines pour assurer le soutien. Ce type de soutien est très variable en fonction de l’endroit où vous vous situez au Canada et c’est là que nous devons agir. Les groupes de soutien sont excellents, mais dans certains cas, nous avons besoin d’encore plus d’expertise pour les patients en détresse.

Tout ça pour dire que le soutien n’est pas facilement accessible, mais qu’il doit l’être.

Le rapport indique un faible taux de recours à la radiothérapie palliative malgré son efficacité. Pourquoi croyez-vous que ce traitement est moins souvent utilisé?

Ce peut être à cause de la morphine. Les gens y résistent parce qu’ils pensent que ça signifie que leur vie est finie. C’est peut-être une connotation négative de la radiothérapie palliative.

Pour être honnête, j’ai été un peu déçu de constater qu’elle n’était pas autant utilisée qu’elle le devrait, parce qu’il n’existe aucune raison valable pour laquelle les patients souffriraient. Nous devons utiliser tout ce que nous avons. Si la radiothérapie est nécessaire, alors elle doit être utilisée. Nous devons démystifier le fait que, pour les patients, voir un spécialiste en soins palliatifs ne signifie pas qu’ils en sont à leur dernier mois de vie. Il s’agit réellement d’un effort d’équipe pour s’assurer que les patients ne souffrent pas lorsque des solutions sont disponibles, et il existe presque toujours des solutions. Nous devons seulement mieux organiser le système.

Lisez le Rapport cible sur le rendement du système.