Dr Peter Chung

Le Dr Peter Chung est un radio-oncologue au Princess Margaret Cancer Centre qui traite des patients atteints de cancer de la prostate.


 

 

 

Un homme canadien sur huit recevra un diagnostic de cancer de la prostate au cours de sa vie. Qu’est-ce qui s’est démarqué pour vous en termes de données rapportées dans le Rapport cible sur le rendement du système ?

Le fait qu’il y ait autant de variation d’un bout à l’autre du Canada. Aussi, le taux de mortalité a chuté au fil des années, alors que l’incidence a augmenté avant de redescendre quelque peu, bien qu’elle soit généralement plutôt stable.

Il existe un certain nombre d’approches de gestion pour les cancers de la prostate à faible risque. Comment aidez-vous un patient à s’y retrouver parmi ces options de traitement?

Plusieurs de ces options sont relativement équivalentes en termes de survie, alors pour choisir entre la radiothérapie, la chirurgie ou la surveillance, vous devez tenir compte des facteurs comme l’âge du patient et les comorbidités. Vous devez également penser à  quelque chose qui est satisfaisant pour le patient, puisque certains patients ont des idées très précises de ce qu’ils veulent et ne veulent pas, que ce soit au niveau des traitements ou au niveau des effets indésirables. Au final, les données suggèrent que la survie à long terme est excellente, et ce, peu importe l’approche de gestion.

Le recours à une surveillance active semble varier au Canada, malgré le fait qu’il s’agisse d’une option de traitement valable pour le cancer de la prostate à faible risque. Que doivent savoir les cliniciens pour discuter de la surveillance active avec leurs patients?

Ces conversations sont toujours difficiles puisque les résultats en lien avec le cancer de la prostate ne sont pas mesurables sur la ligne de temps habituelle de cinq ans de la plupart des autres cancers. Ils sont plutôt mesurés sur une période de dix ans ou plus. De plus, pour l’instant, les données à très long terme ne sont toujours pas accessibles puisque la surveillance ne s’est pas faite depuis suffisamment longtemps sur une population suffisamment grande. Il s’agit donc de le faire comprendre au patient et d’essayer d’interpréter et d’expliquer les résultats à moyen terme du mieux possible.

De plus, si le médecin discute de cette option avec un patient qui a 70 ou 80 ans avancés, la conversation sera très différente de celle d’un patient de 50 ans. Par exemple, les données sont probablement plus nombreuses pour expliquer à un patient de 70 ans que la surveillance active est très appropriée et sécuritaire, mais aussi que la possibilité de ne pas déceler un cancer grave est plutôt faible. Or, pour un patient de 50 ans, dont l’espérance de vie est évidemment plus longue, il est plus difficile d’extrapoler les résultats des essais cliniques portant sur la surveillance qui ont été réalisés auprès d’hommes plus vieux et dont l’espérance de vie était possiblement plus courte.

Comment aidez-vous un patient qui a été identifié pour la surveillance active à composer tous les jours avec le cancer de la prostate?

Lorsque le patient a décidé quel chemin il souhaite emprunter, le professionnel de la santé doit vraiment appuyer cette décision et être continuellement rassurant. L’une des difficultés pour les hommes est qu’ils se demandent : « Est-ce que j’ai raté l’occasion de me faire traiter? ». Vous devez vraiment les rassurer et intervenir si le cancer semble changer de nature et devenir plus agressif. D’un autre côté, vous devez également soutenir les patients s’ils changent d’idée, puisque c’est aussi acceptable. Faire face à l’incertitude de la situation est toujours difficile pour les hommes et essayer de faire le « bon » choix pour une personne en particulier, ça signifie travailler avec elle et comprendre sa situation après le diagnostic, ainsi que gérer l’incertitude.

Notre rapport indique qu’il existe une grande variation au Canada en termes d’orientation vers un soutien émotionnel. Quels sont selon vous les défis auxquels doivent faire face les cliniciens pour ce qui est d’aider les patients à trouver du soutien?

La responsabilité revient au système de soins de santé de fournir ces ressources. Malheureusement, ce ne sont pas toutes les communautés qui en ont suffisamment. Certaines communautés possèdent de très nombreuses ressources en matière d’aide psychosociale et de groupes de soutien, alors que d’autres n’en ont pas. À ces endroits, ce peut être difficile pour les médecins de fournir le seul soutien émotionnel. Au Canada, tout est question de géographie et certaines régions plus faiblement peuplées n’auront pas les ressources accessibles, disons, à Toronto ou à Montréal, où bien plus de personnes sont atteintes du cancer de la prostate.

Nous avons remarqué un faible taux de recours à la radiothérapie palliative malgré son efficacité. Pourquoi croyez-vous que ce traitement est moins souvent utilisé?

Je crois que l’éducation du patient et du médecin, mais aussi la disponibilité des ressources en matière de radiothérapie dans la communauté y sont pour beaucoup. La géographie a aussi son rôle à jouer ici. Les organismes de lutte contre le cancer essaient de veiller à ce qu’il y ait suffisamment de centres de traitement pour répondre à la demande, mais même aux endroits où les ressources sont adéquates, les médecins peuvent ne pas connaître ces ressources ou le patient peut penser que c’est trop éloigné pour s’y rendre. Plus particulièrement, lorsque le patient arrive en fin de vie, ce peut être très difficile pour lui de se déplacer, même pour aller à l’hôpital en bas de la rue.  Donc, en général, il s’agit d’un mélange de connaissances, de disponibilité et de justesse, ainsi qu’une question d’accessibilité.

Lisez le Rapport cible sur le rendement du système.